Mon fils ainé est parti pecher sur la glace, pendant que je suis restée a la maison avec les deux plus jeunes. Comme je l'ai déja dit, nous vivions tous entassés dans une baraque en planches. Mon fils ainé, avant de partir pecher, a demandé a un officiel de nous transférer dans une maison, afin qu'on échappe aux baraquements. Effectivement, un jour, la personne responsable de nous, est venue me dire que nous pouvions aller dans une maison. Je l'ai visitée avec lui, mais elle n'était pas encore libre car trois hommes l'habitaient. L'un était Russe, l'autre Tatar et le dernier Kalmouk. Ils avaient été amenés ici pour travailler, également comme prisonniers. La maison était assez grande, construite comme il se doit avec de la mousse bourrée entre les rondins. Le grand vent trouvait son chemin a travers la mousse, mais ça s'appelait quand meme une maison. J'ai regardé tout autour en pensant a tout ce qu'il y aurait a y faire. Il n'y avait pas beaucoup de différences entre cette maison et notre baraque, mais j'en ai discuté avec les enfants, qui ont tout de suite été d'accord pour quitter la baraque afin d'etre un peu moins entassés. On est donc partis avec les deux autres familles avec lesquelles nous avions voyagé dans le wagon de Sadagura a Omsk. Il y avait une femme de Toporauti, qui s'appelait Paraschiva, mais elle était plus connue sous le nom de Calina, et l'autre de Cernauti, l'épouse d'une juge, qui s'appelait Nadejda Fesciuc, et qui avait un fils du meme âge que le mien, Orest. Calina était le genre de femme avec laquelle on peut partager aussi bien le bon que le mauvais. On a déménagé dans cette maison, qu'on a un peu nettoyée. Nous avons fait dégeler de la terre pour boucher les plus gros trous. On a allumé un bon feu et il s'est mis ? faire plus chaud. [page 110]