Sujet sensible, la mémoire de persécutions politiques reste assez contradictoire. Marginalisée par les néo-communistes, ignorée délibérément par la majorité de la population, elle hante encore les anciens détenus politiques. Ces dernieres trouvent dans la parole libérée un moyen de guérir du trauma. Dénonciation du communisme, leur témoignage accomplit un devoir de mémoire envers ceux et celles qui ne sont plus et envers l'histoire récente de la Roumanie. Sans créer un espace mémoriel qui leur soit propre, les anciennes persécutées politiques participent de l'effort de dénonciation du régime dictatorial roumain. Le livre porte sur leur mémoire, sur leurs récits et sur leur identité. Fondé sur une enquete orale faite aupres des anciennes détenues politiques incarcérées par les autorités dans les années 1950, ce livre se donne pour but de comprendre la démarche témoignante des femmes opprimées par le politique. Au nom des droits de la personne, de la morale et de la souffrance, ces femmes ont choisi a témoigner publiquement de leur vie bouleversée par les communistes. Mutilé par des non-dits, leur discours est marqué par le devoir de transmettre une mémoire collective et une expérience tant personnelle que de groupe. Leur témoignage n'est pas seulement porteur d'une expérience et d'une mémoire traumatique, il est également une reconquete identitaire. Nées et éduquées pendant l'entre-deux-guerres, ces femmes ont incorporé des valeurs telles que l'intéret pour l'éducation, la valorisation d'un discours masculin et masculinisant, la pudeur, la modestie, l'esprit civique, l'idéalisme, la liberté, l'individualité, l'amour de la nature, le respect de la vie et de l'autre, le sens de la propriété qu'elles extériorisent dans leurs récits de vie. Le livre dresse le tableau d'un récit au féminin de la violence politique, telle qu'elle a été infligée par les communistes. Il pose une tentative de comprendre le rôle du témoin et de son témoignage dans la Roumanie postcommuniste.