Les Français du Banat et le corps de la nation

La fin de la Seconde Guerre mondiale entraîne, entre autres, un vaste mouvement de populations. Refuge, déportations, émigrations, rapatriements, camps de travail, détention font partie de ce tableau qu?on rapporte d?habitude aux ? vicissitudes de l?histoire ?. Associées aux grandes mutations qui ont eu lieu sur le plan politique, l?âge, l?ethnicité, la nationalité, la citoyenneté ou d?autres crit?res d?appartenance - quand ce n?était pas tout simplement le jeu des circonstances - peuvent déterminer un changement brutal du destin de milliers de personnes.

L?accueil en France, ? partir du 1er novembre 1948 de 10.000 réfugiés, provenant majoritairement, (mais pas exclusivement) du Banat (roumain, yougoslave ou hongrois) (Oberläuter 1957 : 5 et 8) est le résultat de démarches longues et compliquées, étroitement liées ? ce contexte d?apr?s-guerre. Ces réfugiés ne représentaient qu?une petite partie d?une population qui se trouvait depuis 1945 en exode de l?Est vers l?Ouest de l?Europe, traversant l?Autriche vers l?Allemagne (cf. la note 4) et s?installant dans des camps spécialement aménagés dans ces deux pays. Etant dans leur grande majorité des ethniques allemands, les réfugiés ayant quitté la Roumanie et la Yougoslavie avaient perdu le droit ? la citoyenneté, que ces pays leur avaient retiré, et se trouvaient dans la condition difficile d?apatrides, en attente d?un droit d?asile dans différents pays de l?Ouest de l?Europe ou dans les Etats-Unis. C?est grâce aux efforts diplomatiques de l?un d?entre eux, Jean - Hans Lamesfeld, banatais roumain originaire de Lorraine (Thionville), qui a organisé un Comité des Français du Banat ? Vienne, intervenant aupr?s d?officiers français de haut rang, et gagnant en derni?re instance le précieux soutien de Robert Schuman, que le projet d?arrivée en France de ? plusieurs milliers de Banatais (sur les trois cents mille prévus au départ) originaires de Banat de Temesvar (Timisoara) ? (Noiriel 1991 : 135) fut possible.

La th?se de doctorat de Pierre Guillot, datant de 1953 et enregistrant la présence d?une partie de cette population ? La Roque sur Pernes, en Vaucluse, lieu o? selon l?opinion générale, la tentative d?implantation d?une partie de la nouvelle population a été la plus réussie (Guillot 1952-1953 : 11-13, 226 ; Noriel 1991: 135), parle de l?arrivée des nouveaux venus comme d?un retour ? la m?re patrie. En conséquence et pour nous clarifier ce que sont et ce qu?ont été ces ? Français du Banat ?, l?auteur nous fait reculer de deux si?cles dans le temps, en nous décrivant, sur plus d?une moitié de sa th?se, le trajet de leur arrivée comme colons sur le territoire du Banat, dans la partie orientale de l?Europe, tout au long du XVIIIe s. et le chemin inverse au XXe si?cle cette fois-ci.

La mise en parall?le de ces deux histoires de colonisation ? sens inverse sert, en dépit des circonstances historiques tellement différentes et d?une distance temporelle de 200 ans, comme une sorte de pattern ? tout discours de mémoire concernant l?immigration des Banatais en France. L?idée qui soutient cette symétrie est clairement soulignée dans le préambule de la th?se: ? des Alsaciens et des Lorrains ont émigrés, voici deux si?cles, pour coloniser le Banat, et ils sont actuellement de retour en France ?. ? Dans la douleur et les joies, ils n?ont cessé de rester Français de c?ur ainsi que, apr?s 200 ans d?absence, ? ils sont revenus les m?mes, inchangés, peut ?tre encore plus amoureux de la terre de leurs a?eux ? (Guillot 1952-1953 :2, 211).   

Dans un article publié déj? le 9 mai 1946 dans Le Monde, dont le titre est Une minorité française de l?Europe orientale et dont le but semble ?tre celui de préparer l?opinion publique ? l?implantation en France des Banatais en tant que réfugiés de guerre ou immigrés, Francis Cabour fait l?histoire de cette minorité en commençant par la m?me époque, celle du XVIIIe s. Selon les dates qui lui sont disponibles, des 4580 familles installées au Banat jusqu?en 1770, suite aux colonisations successives de l?Empire des Habsbourgs, 1855 étaient lorraines, 873 alsaciennes, 639 luxembourgeoises et 1000 allemandes. Il parle lui-aussi, comme beaucoup d?auteurs l?ont fait, de la germanisation progressive de cette population et, en contre-partie, des efforts de celle-ci pour maintenir son identité française en dépit des pressions de toutes sortes. Il attire l?attention sur les responsabilités de la France qui a ? ignoré ses fils lointains ?, se trouvant ? l?époque dans des camps de réfugiés, sans pouvoir retourner en Roumanie ou en Yougoslavie. Il parle des efforts d?un comité qui s?est constitué afin ? d?obtenir pour les réfugiés la qualité de protégés français ? et de l?attention portée par le gouvernement parmi les personnes déplacées d?Allemagne, ? ? la population déracinée de Temesvar ?, ? race de pionniers robustes, aux m?urs simples et saines ?, qui, ? en qu?te d?une terre ? féconder et d?une patrie o? elle ne serait plus une minorité, tourne son regard vers notre pays ?, qui ? son tour, conclut l?auteur, ? a besoin d?elle ?.

C?est dans le m?me esprit que dans un article publié le 8 février 1947 dans Les Derni?res Nouvelles d?Alsace, le directeur du journal, Maximilien Felsenstein, une des personnes qui a soutenu le projet de Jean Lamesfeld, parle ? d?une immigration qui pourrait se faire rapidement et nous assurerait l?appoint d?une main d??uvre de tout premier ordre, un enrichissement indiscutable de notre agriculture, enfin un élément humain merveilleux, d?autant qu?il est d?origine française et qu?il nous supplie aujourd?hui de l?admettre de nouveau au foyer national ?. Comme il le précise plus loin, ? ses traditions sont celles d?Alsaciens qui ont conservé ? travers les vicissitudes de l?histoire le sentiment de leur origine ?. Edouard Delebecque, maire de La Roque sur Pernes au moment de l?installation des Français du Banat dans ce village de Vaucluse, parle lui-aussi de ? ces émigrés qui cherchent ? réintégrer la m?re-patrie ? (1951 : 77).

De l?autre côté de l?Europe, ? Timisoara en Roumanie, Emil Botis, publie en 1946 un petit livre intitulé Recherches sur la population française de Banat (inclus d?ailleurs dans la bibliographie de la th?se de Guillot) pour démontrer que, m?me disparus des statistiques en 1910 sous la couverture générique d?Allemands, les Français du Banat continuent ? exister et ? se manifester comme tels. Botis reproduit, en citant Grisellini, les statistiques du premier recensement fait par le gouverneur Comte de Clary en 1770, o? sont enregistrés sur une population de 317.928 habitants, d?un total de 450.000 habitants que comptait ? l?époque le Banat tout entier, un nombre de 42.201 Soaubes, Italiens et Français (Botis 1946 : 17). Un recensement de 1840 compte 6150 Français ? côté de 207.720 Souabes, 576.230 Roumains, 202.210 Serbes, 59.342 Hongrois etc. (Botis 1946 : 17). En 1910 en revanche les statistiques hongroises n?indiquent que la présence de 287.545 Allemands (Botis 1946 : 18), les Français n?y figurant plus, tandis que, le recensement le plus important fait par les Roumains en 1930, donc apr?s le partage du Banat en 1919, entre la Roumanie, la Yougoslavie et l?Hongrie, indique lui-aussi la présence de 221.762 Allemands, ce qui ? fait aussi sombrer une population dont ?l?appartenance ethnique? est incontestablement française ? (Botis 1946 : 19, 20 ).

Cette disparition des statistiques est expliquée par Botis par les principes des recensements en cause, qui prennent comme crit?res prioritaires la langue maternelle des personnes enregistrées, la langue ? qui est enseignée par les parents et que l?on parle d?habitude ? (Botis 1946 : 21). Or, ceux qui ? l?époque de la colonisation, au XVIIIe s. parlaient français -dont une large majorité d?Alsaciens et de Lorrains- ont été germanisés jusqu?au milieu du XIXe s. ou m?me magyarisés.

Le livre de Botis est d?ailleurs publié sous les auspices de l?Association des descendants d?anciens colons français du Banat, association reconnue comme personne juridique le 6 ao?t 1945 par le Tribunal de Timis Torontal et dirigée par le dr. Etienne Frécôt. Le parallélisme est facile ? remarquer avec Le Comité des Français du Banat, qui s?était créé en Allemagne au lendemain de 1945 sous les auspices d?un Banatais, M Georges Reiser, ? Rastatt (Guillot 1952 / 1953 : 15) ou avec Le Comité des Français du Banat créé par Jean Lamesfeld et ses compatriotes ? Vienne, afin d?enregistrer les Banatais (dans un sens large, incluant les Donauschwaben) qui désiraient émigrer en France. Le comité élabore m?me une carte d?identité en quatre langues (allemand, anglais, français et russe), attestant une identité de ?Français du Banat? pour tous ceux qui s?y sont enregistrés.

Une identité ? sens fort, se conservant ? travers les temps, une relation d?équivalence entre la nation et l?ethnie, une représentation de la nation fondée sur une idée d?appartenance semblable ? la relation qui unit la m?re ? ses fils ou l?arbre ? ses rameaux (voir Guillot 1952-1953 : 248), une image organique donc, d?un corps de la nation est mise en relief par ce genre de discours. L?âme de la nation se transmet ? travers les temps, et en dépit de toutes les apparences ou circonstances qui pourraient contrarier ce sentiment de conservation d?une identité française.

                L?exode d?apr?s guerre et les ambigu?tés identitaires

 En réalité, les choses sont beaucoup plus compliquées, surtout pour ceux qui s?occupent de statistiques, car les populations qui nous intéressent ici sont consignées, dans la bibliographie les concernant, sous différentes étiquettes, les noms qu?on leur donne ne couvrant que d?une façon approximative les m?mes réalités. Liant ensemble les deux bouts de leur histoire, celle de la colonisation du Banat et celle de leur émigration (colonisation) en France en 1948, nous les retrouvons sur le parcours de ces deux récits parall?les, sous les noms d?Alsaciens et Lorrains (et m?me de Luxembourgeois), de Moesellains, de Souabes (ou Donauschwaben), d?Allemands, de Français, de Français du Banat, de réfugiés apatrides, de Banatais (telle est l?identité qu?ils veulent inscrire dans leurs cartes d?identité ? l?arrivée en France en 1948, avec l?accord de Robert Schuman, pour éviter d??tre enregistrés comme ex-roumains ou ex-yougoslaves (cf. Lamesfeld 1973 :10). Au moment o? ils ont quitté la Roumanie, suivant les troupes allemandes en retraite, ils avaient une carte d?identité sur laquelle ils étaient inscrits comme Allemands. Dans les circonstances spéciales de leur arrivée ? la Roque sur Pernes, Jean Lamesfeld les déclarent m?me ? les premiers véritables Européens ? (cf. Senzer 1963 : 68).

C?est sous l?identité d?émigrés d?origine ethnique allemande qu?ils figurent dans les statistiques roumaines qui nous indiquent que, suite aux événements déclenchés par la guerre, le nombre de ceux qui se trouvaient en Allemagne venant de Roumanie était en 1950 de 148.600 personnes et le nombre de ceux qui se trouvaient en Autriche, venant de Roumanie, était ? la m?me date de 51.000 personnes. Un total donc de 199.600 personnes (Poledna 2001 : 126)

            Pour le Banat roumain, un regard comparatif sur les recensements indique une évolution descendante tr?s nette de la population d?origine allemande (qui inclut les anciens ? colons français ? du Banat) depuis 1930, quand elle était de 23,7 %, ? 1992, quand elle ne représente que 3,6 % (Poledna 2001 : 223). En 1941 on compte dans la m?me région (le Banat roumain) 221.762 habitants (23,1 %) d?origine ethnique allemande (cf. Poledna 2001 : 189-190). En 1956, les statistiques indiquent un pourcentage de 14,5 % (173.733 habitants) pour la m?me catégorie (Poledna 2001 : 192). Il faut voir derri?re ces dates, indiquant une diminution progressive de la population allemande de Roumanie, non seulement l?exil, le refuge, l?émigration, mais aussi la déportation en janvier 1945 de 70.000 personnes d?ethnie allemande de Roumanie dans le Donbas (les femmes entre 18 et 30 ans et les hommes entre 17 et 45 ans), dont 15-20 % sont morts dans les camps de travail et les mines o? ils participaient au ? travail de reconstruction ? de l?URSS (Baier 1994).. Une partie de ceux qui sont revenus de Donbas entre 1945 et 1949 ont été dirigés vers l?Allemagne, la Pologne ou la Tchécoslovaquie sans pouvoir rentrer en Roumanie (et figurant donc parmi les réfugiés de guerre de l?Allemagne ou de l?Autriche). Ceux d?entre eux qui reviennent dans la Banat ne font que s?exposer ? une nouvelle déportation au Baragan, entre 1951 et 1956 (le nombre d?Allemands déportés au Baragan est d?environ 10.000 sur 45.000 déportés incluant des Roumains, des Serbes, des Bulgares, des Hongrois etc. (cf. Weber 1998 et Konschizky, Leber, Wolf, 2001).

            Comme on peut le constater en suivant les traces de la population d?origine française qui avait quittée la Roumanie apr?s la guerre ou de celle qui y est restée, il faut ?tre attentif aux interférences des crit?res d?identité nationale avec des crit?res d?identité régionale ou ethnique et aux crit?res selon lesquels ces identités sont attribuées. Et il ne faut surtout pas ignorer l?impacte tr?s fort et souvent tr?s brutal du politique sur les crit?res d?attribution identitaires.

            Parmi les personnes réfugiées en Allemagne ou en Autriche dans les années d?apr?s-guerre, il n?y a pas seulement les réfugiés proprement dits. Suite ? un accord signé le 12 mai 1943 entre la Roumanie et l?Allemagne, 54.000 Allemands de Roumanie se trouvaient sous armes dans les Waffen SS (Guillot 1952-1953 : 175 ; Poledna 2001 : 72).

Comme Poledna l?explique tr?s bien ? ils ont lutté jusqu?? la fin de la guerre comme citoyens roumains dans l?armée du Reich, pour tomber prisonniers comme soldats allemands ? (Poledna 2001 : 72). Evidemment, ? la fin de la guerre, ils ne pouvaient revenir en Roumanie qu?? de grands risques et ils ont perdu leur citoyenneté roumaine (Poledna 2001 : 72). La grande majorité est restée en Allemagne.

            Le Groupement Ethnique Allemand (Volksdeutsche) créé en novembre 1940 sur le territoire roumain et conduit par Andreas Schmidt, le gendre du général SS Berger, a eu un rôle actif dans l?enrôlement soit-dit volontaire des Allemands du Banat dans les Waffen SS. Depuis le 21 juin 1943 toute opposition ? l?enrôlement est punie avec la mort et des mesures répressives sont prises contre le Parti Autonomiste du Banat, soutenu par la population d?origine alsacienne et lorraine. C?est déj? en 1939 que ? des notables français du Banat alarmés par la propagande allemande, ont fait des démarches aupr?s du Gouvernement du Front de la Renaissance National au pouvoir ? ce moment-l?, afin que la minorité française soit reconnue comme un groupe national séparé de celui des allemands de Roumanie ? (Frécôt, cité par Botis 1946 : 35). M?me si les membres de la mission diplomatique française en Roumanie ne restent pas insensibles, l?action reste sans conséquence, peut-?tre aussi suite aux pressions faites par les milieux nazis du Banat qui réagissent négativement (Botis 1946 : 36-37).

Ce n?était pas la premi?re fois que les Banatais d?origine lorraine et alsacienne affirmaient leur volonté d??tre reconnus comme un groupe ? part. En 1919-1920 ? la Conférence de Paix de Paris qui décide le partage du Banat entre la Roumanie et la Yougoslavie (Batschka restant ? l? Hongrie) leurs délégués avaient demandé la constitution d?un canton autonome lorrain sous la protection de l?Etat français (Cabour 1946, Botis 1946 , 34) ou d?une ? république neutre et indépendante de la Banatie ? (Guillot 1952-1953 : 150). A partir de ce moment-l?, il faut suivre l?histoire des Banatais d?origine française et leurs histoires parall?les dans les trois pays. C?est ce que font, en général, ceux qui, ? différentes occasions, ont essayé de suivre leurs traces dans les villages ou leur nombre était plus important, comme Seltour, Charleville et Saint Hubert dans le Banat yougoslave ou Triebswetter (Tomnatic), Mercydorf (Mertisoara), Recas, Osten (Comlos), Gottlob en Roumanie (Hecht 1879, Hess 1927-1981, Rosambert 1962). Une série de circonstances et d?événements qui y sont évoquées, nous laissent voir comment, de temps en temps, la conscience d?une identité française (ou lorraine) resurgit et s?affirme, malgré l?assimilation linguistique.

          Des colons de fait au mythe du ? bon colon ? ou du ? héro civilisateur ?

                        Reste ? savoir d?ou venait cette population qui parlait français au moment de la colonisation du Banat en trois étapes successives, sous Charles VI, sous Marie Thér?se et sous Joseph II. Des études plus récentes, comme celle de Bled (1988) ou de Lotz (1977) font une synth?se des dates de différentes sources antérieures (qu?ils indiquent dans la bibliographie). Selon ces dates, la colonisation des Lorrains et des Alsaciens doit ?tre comprise dans un contexte plus large, incluant d?abord les Donauschwaben ou Souabes. Jean Paul Bled (1988 : 162) montre qu?il s?agit de noms génériques, car ? côté des Allemands venus de Würtemberg, nous trouvons aussi des colons du Palatinat et de Boh?me, de Baden, de Bavi?re ainsi que des Luxembourgeois (Guillot 1952-1953 : 45). Pendant la premi?re période, les Lorrains sont repartis entre les localités déj? existantes, comme c?est le cas pour Mercydorf (Mertisoara-Carani), fondé en 1733 par des colons venus de Frioul et du Trentin, et o? s?installent 150 familles lorraines, si bien qu?en 1750, les Lorrains représentent 58 % de la population du village (Rosambert 1962 : 6 ; Bled 1988 : 163). Le nombre des Lorrains qui colonisent la Banat devient plus important entre 1764 et 1771. Apr?s 1771 l?afflux commence ? ?tre en déclin, les autorités impériales cessant de prendre en charge les frais de voyage des colons. Voil? quelques dates concernant cette période fournies par Bled (1988 : 164-165) :

avril 1764 : l?arrivée dans le Banat de 300 Lorrains.

sept. 1769-ao?t 1770 : 2367 familles quittent la Lorraine.

avril 1770 : 930 familles lorraines s?installent dans le Banat.

1766-1772 : 31 colonies nouvelles sont fondées, dont 21 portent des noms allemands et 3 portent des noms français : Charleville, St. Hubert et Seultour. Fondés en 1770, le premier par 75 familles, les deux autres par 62 familles, ils comptent une large majorité lorraine et luxembourgeoise (ils sont nommés aussi des villages welsches). ? Bien que portant des noms allemands, les villages de Gottlob, Ostern et Triebswetter sont peuplés aussi principalement de Lorrains et d?Alsaciens ? (Bled 1988 : 165).

            D?autres sources (Boulanger 1992, 1: 7) nous indiquent qu?il y avait 272 habitants en 1772 ? Charleville, 283 ? Seltour et 320 habitants ? St. Hubert. Le nombre des descendants de Lorrains et d?Alsaciens présents encore au Banat (quel Banat ? n. n.) en 1940 aurait été de 521.000 sur une population de 1.740.000 habitants.

            Selon Guillot (1952-1953 : 49), sur 40.000 Souabes venus dans le Banat entre 1722-1729, 15.000 étaient des Alsaciens et des Lorrains (il appelle aussi Mosellans ces ? faux Souabes ?). Il cite aussi (Guillot 1952-1953 : 50) le recensement fait en 1740, sous Marie Thér?se, o? l?on compte, parmi les 43.201 Souabes, un nombre de 18.000 Alsaciens et Lorrains. Mais il faut prendre en compte le fait que, parmi ces premiers venus, beaucoup sont morts ? cause du climat défavorable, de la famine, des maladies (y compris les épidémies de peste), des conditions de vie dures au début de la colonisation.

            Se posant des questions sur ? ce que représentent numériquement les Lorrains dans le chiffre de cette premi?re immigration ?, Rosambert reconnaît qu?il est ? peu pr?s impossible de le dire avec certitude (Rosambert 1962 : 5-7) et les chiffres sont assez relatives pour toutes les périodes de cette colonisation. Les régions de la Lorraine d?o? ils provenaient sont francophones (Château Salins, Metz) mais aussi germanophones, comme la région de Bitche (Bled 1988 : 164). C?est difficile en m?me temps d?affirmer que les villages formés par les colons lorrains ou luxembourgeois étaient des village purement français, car souvent ces colons parlent aussi l?allemand (Lotz 1977 : 38).

            Dans le petit excursus historique que Delebecque consacre aux anc?tres des Banatais arrivés ? La Roque-sur-Pernes en 1950, il affirme qu?? au bout d?un si?cle la population des Alsaciens et Lorrains du Banat (donc ? la fin du XIXe s. n. n.) s?était élevée ? 500.000 âmes, des âmes saines et fortes dans des corps vigoureux, aptes ? supporter les grosses chaleurs et les grands froids d?un climat continental ? (Delebecque 1951:79). Ces qualités d?adaptation, comme l?âme française, comme leur attachement ? ? la terre nourrici?re ? sont restées intactes au cours des si?cles, faisant d?eux les meilleurs des colons, ? une main d??uvre inégalable, au service d?une volonté de fer ? (Delebecque 1951 : 82). Leur avenir en France en 1950 est surtout lié ? ces qualités : ? l?espoir n?est pas interdit, car ces hommes, ces femmes, ces enfants du Banat n?ont pas perdu ces forces vitales de leur race, qui firent d?eux des colons incomparables ? (Delebecque 1951 : 82 ).

            C?est sous le signe de cette identité, de colons par vocation, que les deux histoires, celle de l?émigration au XVIIIe s. de l?Ouest ? l?Est de l?Europe des Alsaciens et des Lorrains qui ont colonisé le Banat, et celle du parcours ? rebours du trajet, par les réfugiés allemands, incluant des Banatais encore conscients de leur origine française (ou lorraine ou alsacienne) apr?s la Seconde Guerre mondiale se voient réunies. Le mythe du ? bon colon ? crée le cadre qui rend les deux histoires significatives dans un plan qui dépasse le contexte concret du déroulement des événements, pour les situer, par l?intermédiaire d?un discours unificateur, au rang des événements mémorables et exemplaires. 

En guise de conclusion, deux petites histoires et une question

            Le dimanche 7 ao?t 1960 a été un jour de f?te ? Roque sur Pernes en Vaucluse. En présence de beaucoup d?officiels et de Jean Lamesfeld, leur président, les Banatais f?tent une dizaine d?années depuis leur installation dans le village. A cette occasion, ils ont commandé un triptyque de 3 m?tres de longueur et 1,5 m?tres d?hauteur peint par Marie Louis Lorin (M. H. 1960) pour l?installer dans l?église du village, qui date du XIe s. La peinture représente les trois étapes du parcours des colons, depuis leur départ du Banat jusqu?? leur arrivée en France : 1. le pays d?origine, le Banat dévasté par les flammes de la guerre, 2. les convois en fuite, se préparant ? traverser le Danube ou, selon d?autres, le Rhin 3. l?arrivée ? La Roque. Ce tableau met donc en sc?ne, ce que beaucoup d?articles écrits sur les colons de la Roque ont intitulé ? l?Odyssée des Banatais ?. Il est parfaitement symétrique ? un autre triptyque, qui lui a servi de mod?le et qui a été peint dans le Banat d?origine, au début du XXe s. par Stefan Jäger. Peintre d?une certaine notoriété dans le Banat, auquel on a consacré un musée qu?on peut aujourd?hui visiter en Roumanie, dans la localité d?ou il est originaire, Hatzfeld (Jimbolia), celui-ci a néanmoins représenté le trajet de l?Ouest ? l?Est de l?Europe, c?est ? dire la colonisation du Banat au XVIIIe s. On peut admirer aujourd?hui ce grand tableau dans le hall du Forum Démocrate Allemand de Timisoara. Il immortalise une histoire fondatrice, celle de l?arrivée des colons d?origine allemande (souabe, dans le sens générique, qu?on a invoqué et expliqué plus haut) dans le Banat et un mythe fondateur, celui du bon colon, du héros civilisateur. C?est dans ces termes que les Souabes aiment parler de leur arrivée au Banat, et la référence ? cette histoire collective ne manque d??tre invoquée m?me lorsqu?ils racontent le récit de leur vie (Vultur 2000).

            C?est dans les m?mes termes que l?exploit des Banatais arrivés dans les années 50 en Vaucluse, ? La Roque sur Pernes, est présenté par les journaux. Le Méridional du 1er avril 1959, par exemple, mentionne que, ? s?éteignant il y a quelques années ?, ? le petit village vauclusien renaît chaque jour de ces propres cendres grâce ? l??uvre des Banatais ?. Un autre titre annonce : ? Ils ont fait fleurir les pierres. L?Odyssée des Banatais finit en Provence ? (Senzer 1963).

            Le Provençal du mardi 5 janvier 1960 commente lui-aussi : ? entre Pernes et la Roque, des Lorrains de l?Europe Centrale ont fait d?anciens déserts de nouvelles vallées heureuses ?. Apr?s avoir mentionné dans sa th?se, qu?? la fin de l?année 1950, 60 Banatais (la colonisation a commencé par l?installation de 5-6 familles n. n.) recrutés en Alsace et Lorraine, o? ils se trouvaient comme réfugiés ( immigrés de Banat depuis deux ans ), arrivaient ? La Roque, Guillot (1953 : 224-226) précise : ? ils venaient pour faire revivre un village, ils venaient enfin pour tenter une grande expérience ?, ? la plus magnifique des reconstructions, c?est-?-dire une véritable colonisation, unique dans son genre et actuellement inconnue dans les autres pays de l?Europe ?.

            Il est vrai qu?en 1951, Edouard Delebecque avait publié ? Avignon, un livre sur le village La Roque sur Pernes, dont il était maire ? l?époque, livre intitulé ? Un village qui s?éteint ?. Un ? appendice inespéré ? est ajouté ? la fin du livre, pour signaler la présence des premiers Banatais, arrivés dans ? ce village moribond ? (Delbecque 1951 : 77) et pour examiner ? la tentative réaliste de la renaissance du village ?. Les statistiques nous indiquent elles-aussi que La Roque sur Pernes était en 1950 un village destiné ? périr. En 1861, il y avait ? La Roque un nombre de 383 habitants, en 1949 il n?en restait que 88 (Oberläuter 1957 :12). Les Français du Banat pourront ainsi reprendre le travail colonisateur, dont ils ont la vocation et La Roque sur Pernes ? peut devenir, apr?s avoir failli mourir, un village mod?le florissant ? (Delebecque 1951 : 85). En 1989, le village comptait 400 habitants et le nombre d?enfants qui fréquentent l?école du village est de 40 (Heuberger 1989).

             A la fin du mois d?avril 1999, j?ai fait un voyage ? La Roque sur Pernes ? la recherche des Banatais. J?ai eu l?occasion de m?entretenir avec six des Banatais et Banataises qui vivent encore dans le village, trois provenant du Banat yougoslave (Homolitz, Brestovacz, Ploschitz) et trois du Banat roumain (Becicherecul Mic, Tolvadia et Tschavos). Tous mes interlocuteurs appartenaient ? la génération née entre 1923 et 1935 (La m?re d?un d?entre eux, ayant plus de 80 ans, ne pouvait plus raconter.) Leurs enfants étaient nés ? La Roque et il parlent plutôt français et quelquefois, mais pas toujours, le dialecte allemand parlé par leurs parents. Les petits-fils ne parlent que le français (quelques-uns apprennent l?allemand ? l?école comme langue étrang?re). J?ai enregistré leurs récits de vie ou ce qu?ils ont voulu me raconter sur des épisodes de leur vie, dans lesquels les épisodes dramatiques de leur exil d?apr?s-guerre, ainsi que les conditions de leur arrivée et de leur installation ? La Roque sur Pernes étaient bien évidemment inclus.

            Les interviews ont été pris en français, car je comprends mal l?allemand ou les dialectes allemands ou souabes que parlent encore mes interlocuteurs. Les Banatais roumains comprennent un peu le roumain ; l?un d?entre eux pars?me le récit avec des phrases en roumain, une femme peut réciter encore en roumain les poésies patriotiques qu?on apprenait ? l?école, en Roumanie.

            Ces récits méritent une analyse ? part que je ne peux pas détailler ici. Le discours mémoriel des gens, ce que la mémoire des protagonistes de l?histoire évoquée dans ces pages a retenu des événements, ainsi que la mise en sc?ne narrative ? travers laquelle ces événements nous sont présentés, sont ? mettre en relation avec les autres types de documents présentés ici.

Dix ans avant mon voyage, Andreas Heuberger (1989, article dans Der Donauschwabe) remarquait qu?il n?y avait dans le village que moins de 10 familles (allemandes) des 30 qui s?y trouvaient au début, c?est ? dire, de celles qui se sont installées ? La Roque et les alentours dans les années ��. Il apprécie que le manque de contact entre les habitants allemands du village et l?Allemagne, a mené ? une presque parfaite assimilation des souabes allemands devenus aujourd?hui ganz normale Franzosen (des français comme tous les autres). En réalité, les liens avec l?Allemagne sont encore maintenus, soit grâce ? des liaisons familiales, soit grâce ? des voyages en Allemagne ? l?occasion des ? f?tes du village ? (Heimatfesten), qui réunissent des gens originaires du m?me village banatais, tous les deux ans ou m?me chaque année, des gens qui vivent aujourd?hui en France, en Allemagne, en Roumanie, dans d?autres pays d?Europe, aux Etats Unis, ou en Australie. Des monographies de ces villages, faites avec le soutien actif de ses anciens habitants et contenant une documentation tr?s large et tr?s bien présentée de l?histoire communautaire et du Heimat circulent dans toutes les familles qui se réunissent ? l?occasion de ces f?tes. Ce type de réunions, ainsi que ces livres-document entretiennent l?idée d?une appartenance commune et contribuent ? la reconstruction périodique d?une mémoire commune de ceux qui vivent aujourd?hui en France, en Allemagne, en Roumanie. Il s?agit cette fois-ci d?une identité pensée en termes de Heimat.

            Suivant les conseils tr?s utiles du Professeur André Burgui?re, j?ai visité la Mairie de La Roque, et grâce au soutien tr?s aimable du Maire et de la Secrétaire de la Mairie, eux-m?mes appartenant ? des familles d?origine banataise, j?ai pu consulter une archive assez riche. Une grande partie du matériel documentaire utilisé est trouvable dans cette archive, y compris la th?se de doctorat écrite par Guillot, trois ans apr?s l?arrivée des Français du Banat ? La Roque. D?un intér?t ? part pour le probl?me qui nous préoccupe est la collection d?extraits d?articles écrits par ceux qui sont venus visiter le village, ? différentes époques, pour voir ce qui s?est passé avec les Banatais installés ici.

            C?est intéressant d?analyser les formules d?identification des Banatais, ? travers lesquelles se confrontent plusieurs types de perspectives :

-on nous les présente, surtout au début, comme l?incarnation parfaite d?une continuité avec leurs anc?tres français, lorrains ou alsaciens

-on les appelle Banatais ce qui annule les différences d?appartenance au Banat, roumain, yougoslave, hongrois

-on les nomme Donauschwaben ou Allemands en parlant d?une assimilation, surtout linguistique

-les journaux de Provence ou de Vaucluse, insistent sur le fait qu?ils sont devenus de vrais méridionaux, louant leur capacité d?intégration

            Comme on peut le remarquer, selon le cas, l?identité est perçue comme substantialiste ou dynamique. La fronti?re identitaire (Barth : 1995) pensée en termes d?origine, de langue, de religion, d?appartenance locale, régionale ou nationale fait l?objet d?une négociation permanente. Elle se déplace aussi en fonction du regard, venant de l?intérieur ou de l?extérieur du groupe.

            Quelle identité s?attribuaient mes interlocuteurs de La Roque sur Pernes, au moment de ma visite et dans le contexte créé par ma visite ? D?abord tous sont de nationalité française et quelques-uns m?ont m?me expliqué, qu?en acceptant de vivre en France, il était normal de devenir français. Une image contractuelle de la nation s?oppose dans ce type de discours ? une image organiciste de celle ci. Ils ont appris la langue française, qu?ils connaissaient mal au moment o? ils sont venus en France, ils ont encouragé leurs enfants ? s?intégrer. Quelques-uns apprécient le mariage en dehors du groupe banatais, pour les m?mes raisons. D?autre part, ils lisent des journaux en allemand, provenant d?Allemagne, sortis par la communauté des Donauschwaben, surtout pour s?informer sur ce qui se passe dans le Banat d?origine, mais aussi sur les événements concernant la communauté des anciens réfugiés, répandue un peu partout dans le monde. Ceux qui sont originaires du Banat roumain déclarent se sentir m?me un peu Roumains, au moins dans leur âme. Suite a mon voyage l?-bas, un des Banatais a fait cette année un p?lerinage dans le Banat roumain, ? Timisoara, Tomnatic, Tolvadia, Banloc, ? la recherche de ces anc?tres, se préparant minutieusement pour ce voyage et se dotant d?une généalogie familiale impressionnante, faite par ses propres recherches passionnées.

            Se déclarant Français, les anciens Banatais sont-ils devenus enfin les Français du Banat ou l?étaient-ils depuis toujours?

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