Quels étaient les bons plats de ma m?re ? Gâteau au pavot, beignets pressés, domino, alcazar, gâteau aux haricots secs, croissants de Paris, craquelins ? l?abbatiale, russische elegant, meringues mousseuses, coulis de piment-tomate, marmorschnitte, risotto aux légumes, gâteau tranché Marioara, Mignon punch, Malakoff-Torte, feuilleté au fromage, boulettes roumaines, beignets pirog (piroshki), Torontaler-Torte, Vargalelés, fouaces pimentées, charlotte aux pommes, poule en pâte, Pischinger-Torte, carrés Mimoza, merveilles, vin Tokai d?églantines, Millenium-Torte, croissants au cumin, salade d?hiver, Diplomate ? la cr?me fouettée, arc-en-ciel, fleisch-pita, schnizel farci, cr?me ? la cocus (noix de coco), pâte brisée ? la graisse de la panse de cochon ( !), bombe ? la Mussolini, tournedos de li?vre, champignons ? la sauce béchamel, tomates farcies, chaudeau au café, Rigo Jancsi, barres ? la Tom, feuille de vigne, englishe biscuit, tarte Nero, Dobos Torte, ?ufs royaux, compote de prunes au vinaigre, vanilias puszerli, pain d?Espagne Rotschild, potiron pour l?hiver, cornichosn ? l?eau froide, rouleaux ? la mousse, Mikado Torte, karamelschnitt, bâtonnets salés, lettres d?amour, chaperon rouge, cr?pes aux pommes, petits pains au jambon, carrés d?Orléans, marmelade de melon, pain d?épices, Bubosch-Torte, damen kapritz, rossbüf, boulettes d?or, confiture de tomates, salade beöf (salade russe), pommes ébouriffées, bischofs brot, Pressburg kifli (petits pains), Ghizela-Torte, Habor Palacsinta, soufflé au spenat (aux épinards), meringues aux dattes, Gâteau Égalité, confiture de tomates vertes, spanische Wind, kakaos sütemény bombes du diable, pocker, gueule de papy, kremesch, petits carrés ? l?anis.

Plusieurs jours de suite, j?ai écrit un commentaire assez long sur les plats que préparait ma m?re, mais je dois renoncer ? tout ce que j?ai fait. Je n?ai pas trouvé le ton juste, de nouveau j?ai glissé dans de l?ironie insipide. En m?me temps, j?ai fabriqué un narrateur pédant. Un pari difficile ? tenir de ce livre est de limiter l?artifice littéraire, c?est-?-dire de rester dans la zone o? interf?rent la littérature et le document. Au lieu d?écrire comme un auteur au-del? duquel se trouve un homme incertain, écrire plutôt comme un homme au-del? duquel se trouve un auteur incertain. En faisant de l?ironie, cette fois-ci au hasard, je dis qu?auteur je devrais l??tre comme un dragon ; un dragon en papier ; tantôt voltigeant, tantôt sur le point de buter contre le sol.

Je qualifiais cette page culinaire de racinienne, en raison de l?homogénéité du langage et de son caract?re représentatif pour le monde rétréci des gens ? peine arrivés des villages, pour ?tre des fonctionnaires avec de belles perspectives d?avenir, dans l?administration de la ville. Je décrivais en quelques mots leur parcours scolaire ? coll?ge, lycée, académie de commerce, pour les époux ; écoles d?institutrices ou d?art ménager, pour les épouses. Et puis, le retour au village, o? les jeunes filles étaient ? courtisées ? par les jeunes hommes habillés ? la mode, pantalons étroits et cannes effilées. Et puis, ? la tombée du soir, une fois fini le travail ? la maison, les filles surveillées de pr?s, languissant ? leurs fen?tres. Apr?s les derni?res vacances estudiantines, les familles commençaient les pourparlers, ? l?aide des entremetteuses. On se mettait d?accord, tant d?hectares de terre, telle somme d?argent pour la future maison, en sus du dot qu?on avait déj? constitué, tapis, draps, colliers en or. Le jeune ménage s?installait ? Timișoara dans un appartement de location, dans le quartier Iozefin ou Fabric, en attendant qu?un architecte allemand leur construise un ? pavillon familial ? dans l?une des nouvelles rues ouvertes par la mairie, au début avec des trottoirs en briques et sans égouts. On louait le sous-sol de la maison ? quelque couple entre deux âges, originaire d?un village limitrophe, les deux faisant aussi office de ? hausmaistor ? ? s?occuper des petites réparations dans la maison, faucher l?herbe devant l?immeuble, garder la maison pendant l?été, quand les propriétaires allaient dans une ville d?eau. Le mari, fonctionnaire ? comme je l?ai dit ? des Chemins de fer, dans une banque ou dans l?administration, faisait de la politique le dimanche apr?s-midi, quand on recevait ? la maison. En attendant que les hommes envoient au diable les libéraux, les épouses se plaignaient des prix et discutaient des recettes de cuisine. Elles se mettaient d?accord de se revoir dans la semaine, entre femmes, pour se communiquer les derni?res acquisitions. La maîtresse de la maison sortait son cahier de recettes culinaires du placard pr?s de la balance de cuisine, et les invitées recevaient papier et crayon.

Pour continuer mon commentaire, j?ai demandé ? mon tour les cahiers ? recettes, je les ai lus attentivement et, avec la m?me technique que j?emploie pour écrire mes essais qui prouvent tant d?esprit raffiné, j?ai noté des faits et je les ai classés par catégories. J?y ai découvert une étonnante désinvolture de l?orthographe. Il est vrai, ma m?re a peu écrit dans sa vie. ? Femme au foyer ?, apr?s une année d?enseignement dans le village de Topleţ, elle a envoyé rarement des lettres ? la famille de Mehadia, tr?s peu de messages ? ses fils étudiants, juste quelques lignes au bout des lettres de mon p?re, je vous envoie ceci, il faut manger dans tel ordre, et m?me aujourd?hui, avec mon fr?re Ion, établi dans une autre ville, elle préf?re parler de temps en temps au téléphone. Donc, hormis les recettes, elle n?a presque rien écrit. Et, puisque l?orthographe s?apprend tôt, avec la table des multiplications, je suppose que des ? passer ô fur ?, ? presq deux doit ? sont l?effet de l?école primaire de Mehadia et que mon grand-p?re maternel y est pour quelque chose. Il a sa part de contribution en tant que p?re et descendant de la famille des Băcilă : les Băcilă n?ont jamais aimé les études, pour preuve tata Nuţi et tonton Ionel, les cousins Ionică et Mircea. Cette allergie de l?apprentissage s?est transmise jusqu?? moi. J?ai détesté l?école depuis toujours et j?ai peu étudié. ? l?école primaire je n?ai appris rien du tout, on nous donnait des notes ? l??il, par contre j?ai étudié d?arrache-pied au lycée, mais apr?s la premi?re année de moins en moins, plus tard j?ai fait un effort surhumain pour préparer l?examen d?entrée ? la fac, cet effort je l?ai répété, mais en moindre mesure, pour les sessions d?examens, sauf la toute derni?re o? j?ai fait plutôt triste figure, enfin j?ai essayé d?étudier pour l?examen ? l?institut pédagogique, cela n?a pas marché, un point c?est tout. Il y a ? me semble-t-il ? chez tous les Băcilă une lassitude de la volonté d?apprendre, mais aussi une paresse de l?esprit, les connaissances rentrent difficilement dans la t?te et y restent peu de temps. Pourtant, une certaine complexité de l?esprit existe ; les Băcilă peuvent penser, mais par intermittences et sans programme ? comme je l?ai écrit ailleurs ?, je suis allé jusqu?? élaborer une théorie : c?est que, dépourvu de mémoire, c?est ? partir de zéro que je jaillis le mieux, j?ai les idées plus fraîches. Cette théorie pourrait ?tre assaisonnée de psychanalyse, c?est-?-dire que ce flux d?idées a un support érotique, filtré ou non : d?une part étant l?érotisme filtré de la ? création ? proprement-dite, et d?autre part l?érotisme tout court, le désir de séduire ? indirectement, par l?écriture et directement, quand on parle devant un public. Mes réflexions sur ? passer ô fur ? m?ont mené bien loin ! Quant ? l?utilité du rien dans la pensée, bof ! peut-?tre, jusqu?? un certain point. Comme le talent, la mémoire ne profite qu?aux grands. Les autres s?en servent pour remplacer la réflexion. De l?apprentissage, je m?accommode ? la partie mécanique. Je prends des notes, je les mets au propre. La transcription me fait plaisir, c?est comme les inventaires de musée.

Parmi les fautes, voyons les formes estropiées : ? cocus ? (pour noix de coco), ? suflé ? (soufflée), ? checx ? (cake), avec des variantes de pluriel, ? checs ?, ? kek ?. Amusantes ? leur façon, j?ai m?me essayé de plaisanter l?-dessus, mais maintenant, au risque d??tre ennuyeux, je n?y trouve plus mati?re ? rire. Hier par exemple, apr?s avoir raconté la mésaventure d?une étudiante qui avait attribué les dix commandements aux ? dix ? muses, j?ai exposé une autre théorie personnelle. Le ridicule ne commencerait qu?avec les prétentions. Ridicule n?est pas celui qui ne veut pas plus qu?il ne peut ?tre. Ceci est vrai en partie, et ma réconciliation, relative, avec les choses se nourrit de l?idée obsédante que j?aurais pu naître pire, dans la peau de je ne sais pas qui. La question de la responsabilité ? vertigineuse. D?o? commence la responsabilité de l?homme sans volonté ? Il y a probablement du conservatisme dans ma théorie. Menenius Agrippa. Que chacun voie ses limites, que chacun reste ? sa place. Pour ce qui concerne ma m?re, qu?est-ce qu?elle aurait pu lire pendant ses études d?institutrice, hormis des calendriers, des revues illustrées et des romans d?amour ? Presque rien. ? Timișoara, mon p?re a commencé ? acheter des livres et maman lisait ? comme aujourd?hui ? le soir, avant de s?endormir, quelques pages de Florence Barclay ou Lloyd Douglas, la lecture d?un bouquin lui prenant plusieurs mois. Un peu d?opéra, du théâtre et c?est presque tout.

On peut faire de la sociologie en marge des recettes, je disais. Les recettes provenaient des familles allemandes et hongroises avec un stage citadin beaucoup plus long, des études dans des lycées religieux sécularisés, et des séjours fréquents ? Vienne ou ailleurs en Europe. Ayant leur origine dans ce milieu plus haut placé, médiates par des femmes de chambre et disséminées par des fournisseurs, les recettes sont arrivées dans les nouveaux quartiers, habités apr?s 1918 par une population de fonctionnaires, des Roumains en majeure partie. En route, le vocabulaire s?est estropié et les derni?res bénéficiaires n?avaient pas acquis dans des écoles les moyens pour corriger les fautes ; au contraire, elles n?ont fait qu?empirer les choses. Des graphies na?ves ? ? 1 poignée de noix ?, ? 1 bichet de rhum ?, l?enregistrement des prononciations locales, ? ciașcă ? (pour ? ceașca ?, tasse), ? se întinge ? (pour ? se întinde ?, s?étale), ? se lucră ? (pour ? se lucrează ?, est travaillé), ? se gată ? (pour ? se termină, e gata ?, est pr?t), ? bine mestecat ? (pour ? bine amestecat ?, bien mélangé). L?emploi particulier du verbe ? venir ? ? ? nucile vin sparte ?, ? ardeii vin așezaţi peste conopidă ? (pour ? nucile se sparg ?, on casse les noix ; ? ardeii se așează peste conopidă ?, on met des piments sur le chou-fleur). Encore plus bizarre, le sens du mot ? atuncea ? (pour ? atunci ?, alors) : on fait telle chose ? atuncea ?, c?est-?-dire ensuite. Enfin, l?absence de l?expérience narrative se laisse deviner dans l?emploi de la prolepse : ? se umplu foile și mîine se taie ?, ? se taie mîine zi ? (?mîine (zi) ?, pour ? a doua zi ?, le lendemain ; on met la farce et on tranche le feuilletage le lendemain).

Une page toute enti?re de commentaires semblait plus posée, j?aurais voulu la garder apr?s en avoir atténué quelques mots. Toutefois, je ne sais pas trop pourquoi l?effet final était sarcastique. Du style grimaçant. Le bien écrire est en large mesure prédéterminé. On peut ?tre profond jusqu?? un certain point, on peut se permettre tant d?humour, telle est la tonalité ? employer, telles sont les réalités ? évoquer, et tout écart gâche les choses puisque la formule, on l?ignore, on la devine ? peine, ce qui fait qu?on est sur une route, la nuit, toujours aux aguets pour ne pas s?écarter du trajet. Chemin faisant, on n?en a pas conscience, on s?avance en se croyant encore au c?ur de la vie, mais en fait on s?égare, comme on dit ? Saint Lazare.

Du langage de la cuisine : ? de la farine tant qu?il faut ?, ? du lait tant qu?il est nécessaire ?, ? briser les biscuits au rouleau ?, ? rissoler avec quelques oignons ?, ? mettre en purée les pommes de terre ?. ? Tant qu?il faut ? ne concerne pas le consommateur mais ? avec un mot un peu recherché ? la ? composition ?. Il s?agit toujours de la composition dans cette formulation énigmatique ? premi?re vue : ? la deuxi?me partie ?, ? on la couvre avec l?autre moitié ?. Il s?agit tout simplement de la double constitution, pâte et cr?me, rôti et farce, de certains plats ou gâteaux. Non moins prétentieux sont les tours du genre : ? on y incorpore du beurre ?, ? on ajoute du rhum ? volonté ?, qui sont en contraste avec, par exemple, ? la graisse de la panse du cochon ? qui semble plutôt brutal. Entre ces extr?mes, il y a pourtant un sain souci du mot exact, parfois contextualisé. Ainsi, ? une tasse turque de lait ? désigne une de ces tasses de café que ma m?re servait lorsque mon p?re, en train de jouer une partie d?échecs avec tonton David, lui disait affectueusement : ? Dis, ma femme, tu nous prépares un café turc ? ?. Ainsi, par ? deţ de apă ? on fait référence aux verres de 10 millilitres, au goulot oblong et le bord retroussé, dans lesquels les bistrotiers vendaient des boissons ? la campagne. Plus exactement, c?est le contenu, dix millilitres, de ces verres que ma m?re n?avait pas apportés ? Timișoara, puisque ils n?étaient pas des ustensiles ? convenables ?. En menant une enqu?te sur ce qui y était convenable ou pas, sur ce qui y trouvait sa place ou non, on pourrait tracer les limites exactes du monde de ces gens. Il était permis, et m?me recommandé de mettre du vernis ? ongles, mais du transparent, pas du rouge. Il fallait absolument avoir une bonne ? la maison. On faisait coudre les robes chez Traxel ou chez Brück. C?était bien de fréquenter l?opéra ; le théâtre était optionnel. En dehors des jours de je?ne (les vendredis), il n?y avait pas d?obligations religieuses, ma m?re n?allait presque jamais ? l?église, mais elle devait préparer certains plats ? Pâques et ? Noël. Pour les achats au marché, soit elle envoyait la bonne, soit elle la suivait, deux pas en arri?re. Dans les conversations avec les hôtes, certains th?mes étaient abordés de mani?re voilée et il était convenable de se tenir ? des rires complices et des regards pétillants. L?adult?re était un stigmate. On le passait sous silence, la coupable n?était pas exclue socialement, mais on la mettait dans une situation d?infériorité. Les femmes adult?res tombaient plus bas que les épouses qui ne respectaient d?autres normes et fumaient, mettait du vernis ? ongles rouge et buvaient du café. Ces derni?res faisaient l?objet d?un mépris agressif, tandis que les femmes adult?res avaient droit ? un bémol de compassion. Car, sur l?échelle sociale, elles se situaient juste un peu plus haut que les poitrinaires.

Ensuite, je me suis penché sur l?aspect esthétique des recettes, tant pour ce qui rel?ve de la présentation du produit (? pour figurer les yeux, mettre deux baies de fruits confits ?), tant pour ce qui tient de l?écriture proprement-dite. Certains mots ne gagnent en expressivité que dans l?esprit d?un lecteur incompétent, par exemple ? laisser se reposer ?, pour une pâte levée ; ou ? rouler dans du sucre ? pour les bombes ? la Mussolini. La ? bombe ? étant, bien entendu, une métaphore, tout comme son équivalent, ? la boule ?. On pratique aussi la comparaison, ? jusqu?? ce que la composition prend la consistance de la polenta ?, et la suggestion, ? on ajoute une noix de beurre ?.

Depuis la derni?re phrase ci-dessus, plusieurs jours se sont écoulés, mon monde s?est rétréci, les décisions ne sont plus en mon pouvoir, c?est de nouveau le si?cle qui décide ? ma place. Les phrases se sont embrouillées et une partie de mes considérations se sont égarés, paraît-il. Voil? pourquoi je suis amené ? constater que le charme des cahiers réside dans les dénominations, avec leur charge de snobisme na?f. Tout d?abord, des mots considérés intrins?quement beaux : domino, alcazar, mignon, mimosa, et m?me Néron. Une autre série sugg?re un monde mirifique et inaccessible : diplomate, ?ufs royaux, pain d?Espagne Rotschild, Mikado Torte, Malakoff Torte. L?horizon s?éloigne davantage avec : croissants de Paris, tranches d?Orléans, le surprenant  Malakoff  Torte , et Rotschild et Mikado qui ont une connotation ? kakanaise ? (de notre Kakanie centre-européenne). Quant ? la brioche Égalité, serait-ce une allusion ? l?histoire post-napoléonienne ? ? difficile ? croire, cela supposerait des voies tr?s sinueuses jusqu?au cahier du placard de ma m?re. Dans les bombes ? la Mussolini il devrait y avoir une fl?che contre la guerre d?Abyssinie (une suggestion trouvée dans un journal de l?époque ?), et le Tom des bâtonnets ? la Tom pourrait ?tre une allusion ? quelque maître coq budapestan. Ce qui m?étonne c?est le mélange des langues : assiette rece (assiette en français et ? rece ?, froid, en roumain). Impossible que ce soit pris d?un livre, mais il semble qu?au point de départ on connaissait le sens du mot ? assiette ? ; ce n?était pas le cas de ma m?re mais, par un hasard inexplicable, elle avait écrit correctement ce mot dans son cahier. Ensuite, signe d?une innocence bien autochtone, le gâteau merveille, les bombes du diable et, comble du mauvais go?t, authentique et immun aux influences, les exquises lettres d?amour. Enfin, dans le Petit Chaperon Rouge résonne quelque chose de l?esprit oisif et ? belfer ? (peinard) de Vallachie.

 

(Clopotul scufundat [La Cloche submergée],

Bucarest, Éditions Cartea Românească, 1988, p. 175-181)

 

Traduction : Andreea Gheorghiu