La mise en pratique du marxisme-léninisme est marquée, comme par une loi, par l'existence, dans tous les pays communistes, des "grands proc?s"  avec leurs hécatombes. Ils ont été l'un des faits caractéristiques du syst?me, tel qu'il s'est manifesté dans sa réalité historique. "Tous les traits fondamentaux de ce régime se refl?tent ? l'état pur dans les proc?s politiques"[1] , écrit Karel Kaplan, qui connaît les situations de l'intérieur, pour avoir longtemps travaillé, en Tchécoslovaquie, dans la section idéologique du secrétariat du Comité Central.

Sur une partie de ces hécatombes roumaines se penche un volume de 99O pages, publié ? Bucarest en 2001, sous le titre Le dernier livre[2].Cinquante ans étaient passés depuis la mort, en prison, du sociologue Anton Golopentia, dont le nom d'auteur se trouve sur la couverture.

Sanda Golopentia, docteur ?s lettres, professeur au département de Français de l'Université Brown (U.S.A.) - la fille d'Anton Golopentia - est l'éditeur du livre et l'auteur de l'introduction (117 pages, XVII-CXVII), des notes et des commentaires (137 pages, 707-844). Elle a travaillé pendant quatre ans dans les archives de l'ancienne Securitate (la police secr?te de la Roumanie communiste) sur les deux cent trois volumes qui constituent le dossier d'un "grand proc?s" de Roumanie - le proc?s Patrascanu - dont son p?re fut victime.

Le dernier livreest un document inestimable pour l'étude de l'histoire et de la sociologie - mais peut-on tracer des limites nettes entre histoire et sociologie ? - de la Roumanie communiste, elle-m?me illustration vivante du syst?me.

Hormis les 184 déclarations lors de l'enqu?te d'Anton Golopentia (entre janvier 1950 et mai 1951), ses mémoires et ses lettres écrites en prison, Le dernier livre reproduit des déclarations compl?tes ou des fragments des déclarations d'autres détenus du proc?s Patrascanu (écrits entre1948-1953) et les déclarations des enqu?teurs lors de la révision, en 1967, du cas Patrascanu.

Sanda Golopentia travaille avec la neutralité axiologique exigée par Max Weber dans la recherche des faits sociaux. L'introduction et les commentaires situent historiquement les faits, indiquent la présence des erreurs et des faux dans les documents des autorités et donnent les précisions nécessaires ? la compréhension des textes ; ils font tr?s rarement un commentaire qui éclaire un lecteur non averti. Les phénom?nes sociaux sont traités "en qualité de data qui constituent le point de départ de la science"[3].