LE  R?VE  DU  REFUGIE

juin 1979

Le "r?ve du réfugié", je l'ai fait pendant plusieurs nuits, étalées sur quelques mois. C'est un r?ve classique, il se déroule selon le m?me schéma pour tous : le réfugié se retrouve dans le pays qu'il a fui et il ne peut plus en sortir ; noire désolation.

Je demande ? des Roumains autour de moi : -"avez-vous fait le r?ve du réfugié ?" Il y a peu de réfugiés qui ne l'aient pas fait.

 

A*** me raconte un de ses r?ves qui se répétait :

- J'allais ? Bucarest. J'avais mis une perruque pour ne pas ?tre reconnue. Je descends avec crainte de l'avion, ? l'instant m?me o? je mets le pied ? l'aéroport, l'effarement m'envahit : ils me reconnaissent !

 

Je demande ? M*** son r?ve. M*** :

- Je marche et je marche dans les rues de Bucarest et je ne vois pas pourquoi je suis l? et comment je peux m'en aller ; je continue ? marcher et je me dis : ?Qu'est-ce que je fais ici! Qu'est-ce que je cherche ici ??

 

V*** me raconte quelques-uns de ses r?ves :

- J'étais ? Bucarest. Je découvrais que je n'avais plus de passeport et que je ne pouvais plus repartir.

- J'étais ? l'aéroport pour le départ de Roumanie. Ils me demandaient le passeport, pour contrôle, je le donnais. Ils ne voulaient plus me le rendre. L'avion partait, je restais.

- J'étais ? l'aéroport de Bucarest. Ils ne voulaient pas me laisser sortir. Mon p?re, que je savais mort, était pourtant vivant, il venait vers moi, leur disait : "Laissez-la partir".

 

J'ai noté seulement deux de mes r?ves, le premier et le dernier.

- Je suis ? Bucarest, ? la maison. Je ne sais pas pourquoi je m'y trouve. Je me le demande. Ensuite je le sais. Je suis venue prendre mes diplômes. La porte s'ouvre et des hôtes arrivent. Comme si je n'étais jamais partie. Je suis g?née : ils me rendent visite, et moi, je cherche mes documents dans les tiroirs. Un peu étonnée que je le fasse, je me demande comment je pourrais encore sortir de Roumanie. Ce n'est pas de diplômes dont j'ai maintenant besoin, mais du passeport qui a d? m'?tre retiré. Le désespoir s'empare de moi.

- Je vois le chef du personnel de l'Université de Bucarest ; il se trouve dans un espace étroit, un couloir entre les WC et la salle de bain. Il me fixe accusateur : -"Eh bien! osez-vous maintenant nous regarder droit dans les yeux ?" -"Oui !" dis-je, sans émotion et m?me en le regardant. C'était comme si j'avais dix-sept ans, j'étais tr?s jeune, tr?s pure, directe.