Madame, Monsieur,

                 La place de la Roumanie dans les documents de la Premi?re Guerre Mondiale est insuffisante. Ils ont l?air d?ignorer le fait que la Roumanie a été pr?s de la France, la Grande Bretagne et l?Italie dans la premi?re guerre mondiale, et qu?elle a été punie, par les ennemis, par l?Allemagne premi?rement, comme un ?traître?.  Il y a cependant une chose qui nous choque.
 C?est que les historiens regardent de l?extérieur en parlant des soldats roumains comme de personnages lointains, insignifiants, dans une histoire o? ils ont  participés et ont donné de lourdes sacrifices. Il ne faut pas oublier que la
 guerre a touché toutes les familles des Roumains, que pas une n?a pas eu un fils,  un mari, un fr?re, un neveu, un petit-fils, un oncle, ou un cousin qui a laissé sa peau sur les terres des fronts de l?Est, dans les camps en Allemagne, Autriche-Hongrie, Bulgarie, Turquie, Russie, France, Italie, Pays Bas, dans les batailles en Italie, France ou ailleurs. Ils ne savent pas  que chaque famille de Roumains a payé énormément  dans cette guerre. C?est une génération enti?re qui a été rasée, saccagée dans sa
 jeunesse, on ne conserve des hommes de cette époque que des photos d?eux en militaire.

 

L?un de ces héros il y a dans le Cimeti?re militaire national de Rethel, tombe no.1645, Jean Romanesco, ?Mort pour la France?, originaire de Roumanie, engagé dans la Légion étrang?re. Le héros Jean Romanesco est un exemple des ceux que la Roumanie a perdu pour la libération de la France, pour la Libérté de l?Europe. Samedi, 7 septembre 1918, de Beauce, seulement deux mois avant sa mort il ecrivait ? sa m?re:

 

?En effet, je conçois quelque fierté, non pas d?avoir quelque chose sur la manche, mais simplement pour le fait de porter le képi français, de remplir avec quelque utilité ma petite place dans cette superbe armée de France qu?on a calomniée, et qui, aujourd?hui, se surpasse elle-m?me en montrant au monde qu?elle n?a rien perdu ni de sa valeur ni de sa fierté. Elle reste la plus belle armée du monde, la plus consciente dans le sacrifice, et la plus patiente, mais aussi celle dont l?allant
s?exalte dans l?attente. Jamais je ne ferai assez pour y mériter ma place de soldat?. Dans une autre lettre, il ajoute: ?Je vous avoue que ce métier de soldat n?est pas toujours gai?mais je suis content parce que nous avons de bons chefs. Il faut venir en
France pour voir les officiers dans toute la beauté de leur tâche: sév?res, mais justes, excellents camarades, travailleurs et instruits. C?est un vrai plaisir de faire son devoir dans de conditions pareilles et les privations sont facilement supportées.?


Enfin, une des rencontres avec les boches: ?Donc, hier (10 octobre), ? 2 heures 30,
je pars en patrouille avec un ?ancien?, et nous nous promenions tranquillement ? 4000 m?tres, ? cinq kilom?tres environ chez le Boche, quand, tout ? coup, j?entends le charmant clac-clac d?une mitrailleuse. Je me retourne, et je vois, ? ma droite, et beaucoup plus haut, un vilain Fokker. De lui ? moi, une belle petite gerbe de ruban bleu; c?est la trace qui laisse dans l?air les balles
incendiaires boches. ?Mauvaise poussi?re?, me dis-je, et lég?rement affolé (on ne serait ? moins), je virais sec ? gauche, tout en cambrant ? la verticale. J?évitais de cette façon, la gerbe bleue, tout juste pour entrer dans la mauvaise poussi?re d?un second boche, qui tirait de gauche. Je revire ? droite et me trouve face ? face avec un troisi?me larron, qui étaient en train de viser mon camarade. Je vise et tire. Comble de guigne ! ma mitrailleuse s?arr?te au bout de 12-?me coup et je le manque. Je continue néanmoins ? piquer dans sa direction; le boche s?effraie et s?enfuit. Mon camarade arrive ? se dégager et ? faire fuir encore deux boche, et moi, j?en effraie encore deux par mes voltiges rapides et nous restons maîtres des lieux. Si ma mitrailleuse e?t fonctionné, nous aurions poursuivis et j?en aurais peut-?tre abattu un. Les mitrailleuses ont de ces fantaisies, aussi bien celles des Boches que les nôtres. Une chose est incontestable: Nous les dominons nettement par la qualité de nos appareils, notre habileté de manoeuvre et notre cran. Nous avons continué notre patrouille encore une demie heure, pr?ts ? recommencer le combat malgré ma mitrailleuse. En partant, j?avais dit ? mon camarade que je ne l?abandonnerais que si j?étais blessé et j?ai tenu parole?.

La  premi?re fois que j?ai passé les lignes, j?ai chanté une Marseillaise terrible et j?ai pleuré de joie, dans mon concon, comme un gosse.?


28 avril 1918, plusieurs mois avant  sa mort, il écrivait ? sa m?re:
??Ne me redites pas l?histoire des réserves d?énergie pour l?apr?s-guerre. Ce n?est pas la France ou l?Angleterre qui sont en danger et qu?il faut défendre, c?est la liberté générale qui est menacée, et maintenant plus que jamais. Chaque énergie et chaque fusil est, non pas nécessaire, mais indispensable.?


Pour tout ça, je crois qu?il est venu le temps pour créer une section ?la Roumanie dans la Grande Guerre?, de commencer un débat sur des th?mes comme: ?Les Roumains dans l?armée française, l?armée italienne??, ?Les prisonniers de guerre roumains dans l?Allemange, Bulgarie et Turquie?, ?Le front roumain?, etc.


Voil? un premier document concernant la Roumanie pendant la premi?re guerre mondiale.
                                        

dr. Luchian DEACONU, historien
Romania, Craiova