Les Vignerons Suisses du Tzar
Or, le 27 juin, les Soviétiques adressent un ultimatum à Bucarest: ils annoncent leur entrée en Bessarabie et en Bucovine pour lendemain, à 14 h (heure de Moscou). Les troupes roumaines ont quatre jous pour évacuer les lieux. Au nom du gouvernement allemand, Ribbentrop conseille aux Roumains d’obtempérer. Le Chabien Georges Girod, agent consulaire suisse en Bessarabie, reçoit le même soir, à 22 h, un télégramme de la Légation suisse, avec ces mots:
Faites vos valises!
La radio répercute également la nouvelle. Mais la moitié des habitants dort déjà et ne sera informée que le matin du 28. Ce jour-là, avant midi, les parachutistes appuyés par d’autres troupes soviétiques envahissent toute la région. Pressentant le danger, les fonctionnaires et militaires roumains se sont retirés la veille derrière le Prout. Le martèlement des bottes durera trois jours et trois nuits.
Le premier moment de surprise passé, les Chabiens songent à atteler les chars pour rejoindre Galati, sur le Danube. Impossible, tous les attelages sont réquisitionnés par la gendarmerie et l’armée roumaines. Dès lors, une seule issue: le chemin de fer. Un groupe de 35 Chabiens, accompagnés de six enfants en bas âge, quittent le village à 10 h, direction Cetatea Alba, où un train stationne, prêt au départ. Malgré la longueur du convoi – deux locomotives tirant une soixantaine de wagons – toutes les places sont occupées, militaires et civiles confondus. Une partie du groupe parvient quand même à trouver place dans un wagon bondé de 3-ème classe. L’autre moitié pénètre de force dans le wagon de matériel ferroviaire, déjà réquisitionné par l’Administration des finances. Mal reçus dans un premier temps par les gardiens du Trésor de l’Etat, les Suisses vont quand même faire le voyage jusqu’à Bucarest. Ils dormiront sur des coffres emplis de … millions de lei.
A peine le train a-t-il quitté la gare, vers 14 h, que les passagers peuvent entendre sonner le tocsin et voir de loin le drapeau rouge hissé au-dessus la croix de l’église. Volant à basse altitude, les avions marqués de l’étoile rouge survolent le convoi. Ouf, il était temps! [pag. 134-135]